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Louis BRIGAN



Professeur de géographie à l'UBO (Université de Bretagne Occidentale), Louis Brigand s'est intéressé à des centaines d'îles en France, et de par le monde. Il raconte cet immense archipel dans un livre, «Besoin d'îles» qui paraît demain. Une approche simple et gourmande.

Louis Brigand est originaire du Berry, une terre sans île à l'horizon, même en se mettant sur la pointe des pieds. A 10 ans, le gamin arrive à Brest, tâte de la pêche au gobie sur le port de commerce et commence à faire de la voile peu après. Le virus est pris. «J'aime bien être sur l'eau», observe-t-il. Un constat en forme d'inventaire, dressé une quarantaine d'années après. «La mer crée le lien physique et sensuel avec l'île», peut-on même lire dans son livre. Louis Brigand la pratique sur son trimaran ou sur Bayard, un canot pneumatique de 4,20m, son vieux compagnon. C'est avec lui qu'il quitte en avril 2008 le port du Conquet pour accoster une vingtaine de minutes plus tard sur Beniget, une île de deux kilomètres de long sur 500m de large, gérée par l'office national de la chasse et de la faune sauvage. Louis Brigand s'installe dans la maison de garde et reste un mois sur l'île, seul. Dans cet hermitage, il est venu écrire un livre. Pas un ouvrage scientifique, mais l'envers du décor, un regard chevronné sur les îles, les habitants, les découvertes d'un géographe pour qui le voyage est l'essence même de la discipline.

La tâche est grande, trente ans d'expérience sont passées par là, de l'archipel de Molène à Sakhaline en passant par Chausey ou Cuba. Mais c'est à Beniget qu'il faut trouver le fil rouge. «L'univers de l'île m'a servi à parler des autres», commente Louis Brigand. Un univers où il dit «s'être régalé», sur un ton gourmand. La solitude ne lui déplaît pas. «Etre peinard, il y a un peu de ça», commente-t-il. Si l'occasion était inespérée, c'était aussi une façon de se tester lui-même. «Avant de partir, je n'excluais pas un retour au bout de trois jours», observe le Brestois. «En fait, cela fait le plus grand bien, je le conseille». Le professeur d'université (par ailleurs président de la fanfare Zébaliz) aime toujours travailler sur le terrain avec les étudiants, et ne se prend pas plus que cela au sérieux. Il ne porte pas de jugements dans son livre sur les territoires traversés. Au fil de va-et-vient, il apporte une foule d'observations, de détails, qui campent finalement le quotidien insulaire, ici et ailleurs. «Je peux rester regarder des heures un paysage». Et descendre dedans, serait-on tenté d'ajouter.

Si Louis Brigand a «besoin d'îles», il aurait du mal à y vivre toutefois en permanence sur une. «Parce que j'ai besoin de bouger. Et ce n'est pas toujours facile de vivre dans de petites communautés». Il se refuse aussi à dresser un «Top ten» des îles et s'arrête plutôt sur certains souvenirs, plus riches d'enseignements que d'autres. Comme cette rencontre avec Irian, 74 ans, éleveur sur 945 hectares en Patagonie. Pas une île mais une situation d'insularité, à deux ou quatre jours de cheval de la moindre radio, un isolement plus fort finalement que dans des îles. «Ils vivent dans le dénuement, pas dans les mêmes standards que nous. Cela relativise». Le dicton local ? Celui qui se dépêche perd son temps ...